08 juillet 2016

1978 Epilogue

GSM1

Alors, que dire d’autre sur l’opération « Léopard »  (ou "Bonite") ?
 
Nous avons défilé le 6 juin à Lubumbashi. Nous avons été acclamés par le peuple Zaïrois.
Le général Eluki Monga Aundu s’adressant au nom du Président Mobutu Sese Seko a fait un long discours pour remercier chaleureusement le Président Valéry Giscard d’Estaing et le 2ème REP, pour leur intervention. Puis il y eu la remise des médailles. 
 
L’histoire ne retiendra que quelques chiffres : L’attaque des Katangais a provoqué quelques 380 morts militaires et 280 civils.
L’Opération Léopard se solde par 5 légionnaires tués et 20 blessés, 250 rebelles tués, 2 automitrailleuses détruites, 1000 armes de guerre récupérées, 2000 Européens et 6000 Zaïrois sauvés d’une mort probable. 
 
Le 2ème REP reçut une citation à l’ordre de l’armée pour l’opération Kolwezi.  
 
Sang, morts innocents, yeux vides, amis disparus, rage vengeresse... folie de survivre, désespoir de survivre... En moins d'un mois j'ai acquis un traumatisme que j'ai ensuite enfoui pendant 28 ans. En moins d’un mois, j’ai vécu les expériences qui révèlent à un homme ce qu’il est, un tissu de force et de faiblesse, aux cicatrices indélébiles.
 
Quelques jours après, je revenais en Corse, puis en métropole où je repris mes activités professionnelles, là où je les avais laissées, après ces drôles de vacances, qui me marqueront à jamais : mes « Vacances à Kolwezi ».
___________________
 
Je dédie ce texte à mes enfants, pour qu’ils sachent ce qu’a fait leur père, comme moi j’ai su verbalement ce qu’a fait le mien.  
Et je veux que vous sachiez, mes fils, que vous n’avez pas à rougir de votre père ni de votre grand-père ! 
 
Sachez être dignes de cet héritage, dont j’ai gardé le secret, jusqu’à présent.
 
J’ai depuis, essayé dans un autre document, de vous raconter l’histoire hors du commun de votre Papy maintenant disparu.

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04 juillet 2016

6 juin 1978

GSM1

Nous sommes cantonnés aux 4 coins de la ville de Lubumbashi.
Les hommes se préparent. Les rangers sont cirées, les tenues camouflées repassées, les armes nettoyées et brillantes.
 
Je me douche et j’entends cette agitation fébrile autour de moi.
L’eau est tiède et coule sur ma peau, sur mes yeux fermés, elle ruisselle dans mes oreilles…
Au milieu du bruit de l’eau je crois entendre le bruissement des herbes à éléphant. Je vois entre les gouttes, le visage de Daniel, paisible, presque souriant… mais d’un teint blanc comme la cire d’une bougie. C’est le visage de la mort quand on s’est vidé de tout son sang… Les traits tirés, cette pâleur…
 
Un cri me fait sursauter !
J’ouvre les yeux. Des légionnaires sont accourus. L’un d’entre eux a ouvert la bâche de la douche ou je me lave : « Qu’est-ce qui a ? ». Je réalise que c’est moi qui ai crié. « Non , c’est rien les gars ». Tout juste un cauchemar éveillé. Je sais depuis hier pourquoi on nous avait mis au repos à Kolwezi. Les officiers jugeaient qu’on en avait assez fait et surtout assez vu.
 
Nous nous préparons pour le défilé qui aura lieu tout à l’heure sur la place du « 30-juin », au cours duquel Mobutu et le peuple Zaïrois nous rendront hommage.
 Ils seront contents de nous acclamer… Mais nous avons tous, et ça se voit à la mine sévère de mes compagnons, un goût amer dans la bouche… Rien ne sera plus comme avant. Les honneurs ne remplaceront pas nos illusions perdues ni nos amis disparu.

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03 juillet 2016

Poursuite, le retour

GSM1

Nous courons et ressortons par où nous sommes entrés. J’entends la discussion animée que Mahele et Bumba ont déclenchée avec les gardes du camp. Pas bête !... Au passage du baraquement, je m’allonge et je pose en dessous, à tâtons, une des charges de C4 avec son mécanisme… Je me relève… Il ne reste que peu de temps. Je jette la deuxième au hasard vers le centre du camp...
Puis je reprends ma course effrénée…
J’entends Polack siffler. Il prévient les Zaïrois, je pense… Un puissant jet de napalm éclaire la nuit et me surprend…
On voit comme en plein jour. Polack arrose les guitounes les plus proches… Je fais signe aux deux Zaïrois, que j’aperçois dans la lueur des flammes… « Magnez-vous Bon Dieu ! »…
Des Rebelles se précipitent, en piaillant, dans notre direction…
Quelques secondes après, la détonation puissante, énorme, suivies de plusieurs autres, comme des flashs illuminant la nuit, nous laisse quelque répit, que nous mettons à profit pour fuir, pendant que nos poursuivants surpris, sont pris dans le tir meurtrier de couverture des hommes de Günter.
 
Dans le camp des Katangais, la confusion est totale…
 
Couverts par le fracas des explosions de munitions, nous parlons à voix haute…
« Repli ! Retour au bercail ! En file à dix mètres !»… Mahele a pris la tête de file… Je ferme la marche…
 
Je commence à trembler, mes jambes se dérobent… J’appelle ou j’appelle pas… Je m’affale par terre… Je me demande si je ne vais pas tomber dans les pommes…
 
……….
 
« Réveille-toi ! On n’est pas arrivés ! »… Les gars sont autour de moi, dans la lumière d’une torche… Polack me tends son flacon de vodka…
« Bois un coup ! On va faire une petite pause ! »… Nous mangeons en silence, des baies et des racines, cueillies hier par le groupe… Deux hommes montent la garde…
 
……….
 
25 mai 1978
 
Il fait jour ! Nous avons marché toute la nuit… Plusieurs fois nous avons aperçu derrière nous des patrouilles rebelles, lancées à notre poursuite. Il est inutile de changer notre chemin, dans l’herbe à éléphant, ils retrouveront toujours notre trace. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous battre ou de marcher plus vite qu’eux…
 
……….
 
Le soleil est haut. Nos poursuivants ont du abandonner… Nous arrivons enfin, fatigués par cette marche effrénée, à notre point de départ… Nous sommes chaleureusement accueillis par les hommes des groupes B, C et D. Les camions sont là, nos affaires sont là.
Ma dent cassée me fait mal. Je suis plein de sang séché, partout… Je crois bien que je suis épuisé… Les cloques de mes pieds saignent… Tout va bien, quoi !...
 
« Retour à Kolwezi ! »
 
Puis, quelques jours plus tard (combien au juste ? tous les quatre, nous ne saurions le dire !), après avoir désaoulé, avec la gueule de bois, nous sommes évacués avec le 2ème REP vers Lumumbashi, non sans avoir pris congé de ces formidables paras Zaïrois qui étaient près à faire le sacrifice suprême pour que vive leur Pays.
 
Nous faisons l’objet dès notre arrivée de manifestations de sympathie très vives de la part de la population Zaïroise. Une véritable liesse populaire qui nous étonne de prime abord.
Nous ne pouvions pas savoir, mais nous apprenons maintenant au contact de ces gens, que dans les jours qui précédaient notre largage, le Zaïre retenait son souffle. Le pouvoir vacillait, la crise s’installait et un vent de panique s’emparait de tout l’ex Congo Belge.
 
Nous pensons tous que l’action que nous avons menée n’a pas été vaine. Nous sommes, en quelque sorte, leurs libérateurs. Nous sommes fiers et contents.

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