01 août 2016

Mission secrète service spéciaux - Prologue

GSM1Mercredi 2 avril 2008,

Les fauteuils de l’hôtel de Brienne étaient particulièrement confortables. Toutefois je ne me sentais pas à l’aise dans ces lambris, qui recélaient les secrets les plus insondables.

 
Morin alignait les belles phrases, comme autant de guirlandes de Noël que le vent emporte.
Brochand acquiesçait respectueusement à chaque virgule du ministre… J’avais un drôle de sentiment... Avec deux énarques, je ne savais pas si j’allais pouvoir en placer une, ni même ce que j’avais affaire dans cette salle qui ressemblait plus à une alcôve de diplomatie qu’à un état major de service action.
Je n’écoutais guère les propos, tout occupé à détailler le lustre au plafond…
Ils durent s’en apercevoir, car soudain je sentis des regards tournés vers moi, qui m’obligèrent un peu confus, à ramener mon attention vers ces messieurs.
« C’est pourquoi nous avons décidé de faire appel à vous pour cette mission, si toutefois vous l’acceptez ».
Fixant Morin droit dans les yeux, je demandais pourquoi l’état major s’était rappelé de mon existence…
Brochand intervint : « Votre rapport sur l’intrusion invisible en milieu hostile nous a beaucoup intéressé… »
Je lui coupais la parole : « Parce que vous l’avez lu ?  Il remonte quand même à trente ans…»
 
Il bredouilla que lui personnellement ne l’avait pas lu, mais que ses conseillers l’avaient fait et que le type d’action que j’avais décrit était ce qu’ils voulaient mener pour l’opération envisagée…
Il poursuivit : « Cette mission dont le nom de code est "Commando Mattéï", devra prouver à la coalition que les incursions en territoire des tribus fédérées autonomes sont non seulement possible, mais encore, totalement indétectable par les forces ennemies … Avant de vous révéler les objectifs précis, pouvez-vous nous expliquer ce que vous pensez des moyens nécessaires, pour assurer la faisabilité de l’opération ? »
 
Je m’attendais à une semblable question. Il me fallait réfléchir vite pendant ma première phrase… « Vous imaginez bien les difficultés importantes qu’un tel commando va devoir rencontrer pour mener à bien la mission que vous assignerez. Ne connaissant pas les objectifs finaux, je me contenterai de vous parler du processus général et des moyens impliqués ».
Je sentais bien que mon auditoire prêtait une oreille attentive à la suite de mes propos. J’avais maintenant réuni les éléments de ma prise de parole.
 
Je poursuivis donc : « Vous n’êtes pas sans ignorer mes principes de base sur les processus d’infiltration : Pas de véhicule. En cas d’opération aéroporté par hélico, diversion sur le trajet de l’escadrille et en tous cas pas à coté de l’objectif. Il faudra donc parcourir pas mal de chemin à pied. Veuillez prévoir des vêtements de moudjahiddin, une autonomie complète en munitions et nourriture, un équipement en trois exemplaires de communication électronique codé à transmission satellitaire, des radars terrestres, tous moyens de vision de nuit modernes, des interprètes sûrs, des kalach Russes. Il faut des unités entrainées au renseignement. Vous devez avoir les unités aériennes nécessaires prêtes vingt quatre heures sur vingt quatre pour un appui feu éventuel… ».
 
Brochand lève la main et me coupe : « Pas question d’un quelconque soutien en territoire Pakistanais, par contre il est acquis sur le sol Afghan. L’armée n’a pas non plus prévu d’opération héliportée. » . « N’est-ce pas Général ?» Le général acquiesça...
 
Je réfléchis quelques instants avant de reprendre : « Bien ! Alors vous fournirez, des uniformes, armes et équipements Américains, en lieu et place de la dotation habituelle »
Brochand se tourna vers le ministre, puis regarda l’assistance alentour. Chacun opinait du chef… Puis il se retourna vers moi : « Vous avez une question ? ».
 
« J’en ai plus d’une. D’abord pourquoi ne confiez-vous pas cette mission à votre division action ? Ensuite, Que viens-je faire dans votre dispositif ? ».
 
Le général prit la parole : « Cette mission qui a deux objectifs militaires de renseignements est de surcroit, un laboratoire, pour former nos futurs cadres à des opérations analogues…
 
Nous voulons bluffer nos Alliés Américains, en agissant à leur nez et à leur barbe et leur ramener des preuves tangibles de nos compétences afin de leur prouver la nécessité de telles opérations. C’est pourquoi nous composerons le commando Mattéï des meilleurs éléments de différentes unités d’élites. Il comportera uniquement des officiers et sous-officiers, qui formeront la pépinière de nos actions Afghanes. Nous vous proposons d’être le conseiller de ce commando en matière d’"indétectabilité". Aussi, afin de vous assurer l’autorité nécessaire, nous proposons de vous nommer à titre temporaire Commandant adjoint au Commandant de l’opération ».
Le silence qui suivit fut interrompu par Hervé Morin : « On m’a décrit votre caractère comme entier et quelque peu rebelle, mais néanmoins comme un homme consciencieux, un soldat valeureux et qui a des idées. Cela peut nous servir. Mais avec modération… Êtes-vous d’accord ? »…
Je fis mine de réfléchir… Mais mes lèvres me brûlaient de dire oui. Ce que je fis, d’ailleurs.
 
Le Ministre de la défense se leva : « Monsieur le Directeur général de la DGSE, vous verrez les détails d’intendance avec Monsieur ». Il serra les mains puis en serrant la mienne : « Bonne chance Commandant ! »… 
 
Le cœur soudainement léger, j'allais enfin partir pour ma dernière mission...

Posté par zalandeau à 17:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :