zalandeau3

15 février 2017

15 mai 1940

GSM1

Ce 15 mai dans les Ardennes, c’est un jour qui est gravé dans ma mémoire jusqu’à la mort…
 
Pendant 40 ans, mon fils, mon cerveau a effacé, oui, effacé cette journée et toutes celles qui ont suivi…
Ces journées d’horreur, me sont revenues il y a peu et j’ai voulu affronter leur souvenir…
Avec ta mère, nous sommes allés sur place… Je suis allé revoir ces lieux douloureux…
Oui, je revois, ce 15 mai…
 
Le matin de ce jour là, nous avions peu dormi, fatigués, mais décidés à rejoindre le front. Nous ignorions alors qu’il n’y avait plus de front.
Nous gravissions les raidillons et descendions des collines, l’une après l’autre, quand, au sommet d’un champ de blé, nous distinguons un convoi de camions militaires…
 
Nous faisons mettre en joue par les tireurs d’élites, tandis que l’ensemble du régiment se plaque au sol…
Le lieutenant observe avec ses jumelles… Il les lâche et s’écrie «  Ne tirez pas. Ce sont des alliés Belges ! »…
Au loin nous distinguons le convoi qui s’arrête…
 
A l’ordre du Lieutenant, nous nous relevons tous, mettons nos armes en bandoulières et nous élançons vers le convoi.
Nous courrons joyeux vers nos alliés, en criant, « Attendez-nous ! Faites nous une petite place ».
Les cris de joie fusent, tandis que nous courrons à perdre haleine…
 
Au loin, j’aperçois les soldats Belges qui descendent de camion pour nous accueillir…
Ils descendent dans le fossé. Ils doivent en profiter pour aller pisser…
 
Nous nous rapprochons vite, mais soudain, des coups de feux claquent.
Mais qu’est-ce qu’il leur prend à ces Belges ? Ils nous prennent pour des Boches !
« Ne tirez pas ! On est Français ! ». Les tirs deviennent un vrai mitraillage. Des camarades qui couraient près de moi tombent. Certains s’arrêtent hésitent, chancèlent, tombent dans des gerbes de sang… Je n’ y comprends rien… Je continue à courir, tellement tétanisé, que je ne sais pas quoi faire d’autre. Mourir par des tirs amis, quelle bêtise la guerre !
 
Il n’y a plus personne autour de moi. Le Lieutenant est tombé lui aussi… devant moi ; une ligne de fumée des tirs Belges s’élève du fossé qui borde la route. Plus je suis terrifié, plus je cours, en pensant que peut-être je passerai plus facilement entre les balles.
Arrivé près du fossé, emporté dans mon élan, je saute par-dessus les hommes allongés l’œil rivé à l’œilleton de leur viseur. Je franchis d’un bond ce fossé et traverse la route entre les camions arrêtés.
Je saute l’autre fossé et m’enfuis vers le bois tout proche.
 
Je m’affale derrière le premier arbre venu.
Je réalise soudain, que l’uniforme des soldats qui nous mitraillent est Allemand. Je les ai vu de près. Uniforme verdâtre et non kaki marron comme les Belges…
Epuisé, je regarde néanmoins, le nez au raz des racines…
 
Les camions, sont aux couleurs du drapeau Belge. Le massacre continue…
 
Je vois au loin, quelques hommes qui s’enfuient, d’autres qui tombent fauchés par les mitrailleuses ennemies…
J’espère que certains ont eu l’idée de se coucher pour éviter d’être tués…
J’ai la gorge nouée de voir mes camarades exterminés. Un sentiment de colère, de désespoir et de frayeur m’envahit. Je me couche derrière l’arbre. Un tremblement secoue tout mon corps. Mes dents s’entrechoquent. Je ne peux rien réprimer…
 
Cela dure longtemps…
J’entends les tirs cesser, puis les rires des Allemands, dont je reconnais les accents gutturaux…
 
Je ne bouge toujours pas. Je ne peux pas. J’écoute, tout ce que je parviens à faire c’est d’écouter. Je me dis que s’ils venaient pour me tuer, je ne pourrais même pas me défendre… Tant pis !..
Mes amis, mes copains, sont morts, alors, pourquoi pas moi, après tout ?
 
J’ai peur de mourir, mais mes muscles ne répondent pas, mes yeux ne voient plus. J’entends seulement…
 
Combien de temps se passe –t-il ? Je ne sais pas. J’entends des avions passer en rase-mottes et qui mitraillent. Ils passent et repassent plusieurs fois, dans les deux sens et mitraillent le champ où mes camarades sont allongés, vivants ou morts. Un tel acharnement…
 
Un autre convoi de camions arrive et s’arrête nez à nez avec le précédent…
Les hayons s’abattent. D’autres soldats en descendent… Des ordres retentissent… Des tirs isolés…. Les voix qui s’éloignent…
 
Ils sont probablement en train d’achever les blessés…

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12 février 2017

14 mai 1940

GSM1

Après de brèves discussions entre les sous-offs et le lieutenant, l’avis général est de nous replier vers l’ouest, toute autre direction étant suicidaire. Il nous faut regagner la France, dépasser la progression Allemande, afin de rejoindre les nôtres pour poursuivre le combat.
Le Lieutenant prend la décision finale. Nous avons tôt fait de donner les ordres de départ.
Cependant, certains groupes ne nous suivront pas, car ils préfèrent emprunter leur propre chemin, quitte à désobéir au lieutenant. Celui-ci accepte, car après tout, ils ont peut-être raison... 
 
Le 8ème R.I., du moins ce qu’il en reste, est en ordre de marche et prêt à se battre de nouveau.
Je me dis quand même que nous n’avons pas beaucoup de munitions.
 
La charrette remplie de culasses de canons antichars, ralentit notre progression. Nous détachons le mulet et renversons la charrette dans le fossé.
 
Nous pouvons enfin continuer, à travers la campagne et les bois, plutôt que sur la route où nous étions vulnérables…
Nous marchons en ordre dispersé, avec des flancs gardes… Tout se passe bien…
Certes, quand des moteurs d’avions se font entendre, nous nous aplatissons  au sol…
Certes pendant notre progression, nous percevons au loin, des volutes de fumées, l’écho des tirs et explosions…
Nous sommes tendus et l’atmosphère, parmi les hommes est plus à la revanche, que l’on pense certaine et proche, qu’à l’effondrement. Nous voulons faire payer aux « doryphores », le prix qu’il faudra.
(Nous sommes à ce moment, loin de penser que la situation est à ce point catastrophique).
 
A plusieurs reprises, nous franchissons des routes. C’est à chaque fois avec beaucoup de précautions. Nous postons des tireurs d’élites. Les hommes traversent par vagues successives en courant pour aller se fondre dans les bois alentours…
 
Mais à chaque fois, pas d’Allemand, pas âme qui vive, d’ailleurs…

 

Je n’en suis pas mécontent et je pense de plus en plus que nous sommes en posture de sortir de la tenaille qui se referme sur les troupes Françaises…
 
Bientôt, nous les raccompagnerons en Allemagne, ces putains de Boches !
 
Quelques combats aériens qui se déroulent très haut dans le ciel, l’épave d’un avion Allemand dans un champ brûlé, nous renforcent dans cette idée…
 
Ce qui m’inquiète le plus ce sont ces quelques chasseurs ennemis qui passent en rase-mottes…
On a beau se faire tout petits…1500 hommes… Est-ce que cela peut passer inaperçu ?
Dans des fermes désertées, nous nous servons en nourriture, eau, vin et reprenons notre route.
Nous avons depuis longtemps jeté nos capotes, nos objets inutiles, si lourds à porter et retroussé nos manches…
Nous ne faisons pas de grandes poses, car nous savons que notre vie dépend de notre rapidité.
Aussi, lorsque la nuit vient, nous continuons notre marche. L’allure est plus lente, bien sur, plus hésitante, plus prudente…

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17 janvier 2017

13 mai 1940

GSM1

Le lieutenant organise derechef, des patrouilles. Il envoie un détachement pour garder le pont sur la Meuse qui est notre sauf conduit pour nous replier en cas de besoin.
Il prend quelques hommes dans chaque compagnie pour sécuriser l’accès du village par la route sur nos flancs arrière gauche et arrière droit.
 
Pendant ce temps le combat continue au sud. Le bruit s’intensifie. Dès la nuit tombée, nous apercevons les éclairs des explosions et la lumière des incendies.
Je comprends que les combats se sont déplacés vers l’ouest. Je me demande si nos troupes ne sont pas en train de céder et surtout si nous n’allons pas être encerclés.
Je vais voir le lieutenant, non sans m’être assuré de la vigilance des guetteurs.
Nous n’avons pas d’ordre de repli. Il nous faut tenir ici.
La nuit est illuminée par les combats. Le bruit des explosions et des tirs nous parvient.
Ceux qui ne sont pas de garde jouent à la belotte, aux dés, ou boivent un quart de rouge.
Je suis assez perplexe sur la suite des opérations. Je ne parviens qu’à somnoler par intermittence.
 
Au petit matin du 13, nous sommes plus fatigués que reposés.
L’aviation allemande vient à nouveau attaquer au sud de notre position à environ trois à cinq kilomètres.
Ceux d’en face ouvrent le feu sur nous. Ils se sont installés et nous mitraillent, accompagnés par des tirs d’artillerie.
 
Le lieutenant nous fait éparpiller, afin de compliquer la tâche de l’ennemi.
Soudain, pour la première fois, nous voyons des explosions de produire en face de nous.
 
Nous avons de l’artillerie derrière nous qui nous soutient ! Nous poussons des cris de joie : « Tiens v’la pour vous sales boches !», « Ah, y z’en mènent plus large les fridolins ! ».
Effectivement les tirs d’armes légères ennemis ont cessés.
Marcel boit goulûment une bouteille de mousseux s’interrompant juste pour dire « Encore une que les boches n’auront pas ! ».
 
Toute la journée les combats qui ont lieu sur notre aile sud font rage. Nous ne distingons pas les combattants cachés par les collines Ardennaises.
Je comprends qu’insensiblement les combats se déplacent en arrière de notre front.
Donc notre front recule. Cela n’est pas très bon pour nous.
Notre artillerie a cessé de nous couvrir. Les allemands se sont déployés jusque sur nos flancs heureusement adossés à la Meuse. Et s’ils la traversent ? Nous sommes pris dans la nasse !
Cette pensée me préoccupe, tandis que nous avons tous rejoins nos postes et que nous répondons aux tirs ennemis.
Je reçois l’ordre de ménager les munitions. Nous passons alors notre temps à nous protéger, pendant que l’ennemi redouble la virulence de ses tirs en toute impunité…
Mais que fait notre artillerie ? Maintenant qu'on en a une pour nous soutenir, je ne comprends pas pourquoi elle ne le fait plus… A moins qu’elle se soit repliée ?
 
Les morts et les blessés ne se comptent plus. Il y en a partout.
J’ai peur qu’une attaque allemande, imminente, nous soit fatale.
 
De temps à autre je fais ouvrir le feu, pour montrer aux ennemis que nous sommes toujours un obstacle.
Le lieutenant n’a plus depuis des heures de contact téléphonique avec l’arrière. Sûrement l’artillerie allemande…
En fin d’après-midi, je suis informé de nous tenir près à faire retraite par le pont sur la Meuse que le génie fera sauter. Nous recevons des instructions pour nous replier unité après unité et notre nouvelle position sur la rive ouest du fleuve.
 
Nuit du 13 au 14 mai 1940
 
Je vais voir le lieutenant. « Que va-t-on faire des canons antichars, mon Lieutenant ? »
Il réfléchit un bref moment…« Vous avez raison on va les laisser là. Je vais faire démonter toutes les culasses, afin que l’ennemi n’en profite pas. Faites le faire de votre coté. Je donne des ordres pour les autres compagnies »
 
Nous avons donc rempli une charrette de culasses de canons antichars. Puis nous l’avons attelée à deux mulets, loin dans le village, à l’abri du mur du cimetière.
 
Quel gâchis ! On nous a doté de canons antichars dernier cri, sans nous instruire au maniement et sans nous donner d’obus. De plus nous n’avons vu aucun char ennemi, fort heureusement pour nous !
Comment gagner une guerre dans de telles conditions ? Enfin pour le moment cela se passe plutôt pas trop mal. Si vraiment nous sommes en plein dans l’aile nord du dispositif d’attaque ennemi, nous résistons à leurs assauts de puis trois jours. Lorsque les renforts viendront, on leur foutra sur la gueule !
 
A la nuit venue, nous appliquons les instructions du lieutenant. Nous nous retirons échelon par échelon, en empruntant le chemin le plus court vers le pont sur la Meuse.
 
Je suis avec le dernier groupe de mes deux sections et nous sommes chargés de la mitrailleuse démontée, lorsque les allemands attaquent sans prévenir.
C’est la course la plus folle que j’ai pu faire. Chargés comme des bourricots, nous peinons à courir vers le pont avec une seule idée en tête, que les boches soient prudents et ne nous rattrapent pas. Nous traversons le pont avec les derniers autres groupes du dernier échelon. Tous courent, tous ont vu les boches. Nous achevons de franchir le pont lorsque les premiers tirs retentissent dans notre dos. Le sifflement des ricochets nous donne des ailes.
 
Lorsque nous sommes à l’abri, couchés à terre, les poumons me brûlent. Je crois que je vais mourir d’étouffement. Nous n’avons plus de force et nous peinons à reprendre notre respiration. Pendant de longues minutes nous ne pouvons qu’entendre la fusillade que nos camarades échangent avec l’ennemi. Le lieutenant avait fait ouvrir le feu dès notre arrivée sur la rive ouest.
 
Lorsque j’ai repris mon souffle le lieutenant me demande de venir avec lui pour brancher une ligne de téléphone. Je prends deux hommes et après avoir récupéré les bobines de fils nous partons courbés vers la route…
 
Nous progressons dans le fossé. Après avoir parcouru un kilomètre il faut se rendre à l’évidence : Les fils sont coupés à chaque poteau mais tous les poteaux sont debout. Des commandos de sabotage allemands ont du passer par là.
 
De retour à notre unique ligne de défense, nous savons que nous ne pouvons pas demander de secours.
Nous n’aurons pas non plus d’unité du génie pour faire sauter le pont. Il sautera pourtant, grâce à des soldats surmotivés !
 
Les tirs ennemis cessent avant l’aube. Le lieutenant a fait envoyer un groupe de reconnaissance sur la route que nous avons empruntée tout à l’heure.
Il paraît que nous avons perdu 500 hommes environ soit le quart de notre effectif.
Nous avons du abandonner tous les blessés qui ne pouvaient pas marcher aux mains de l’ennemi…
 
Le lieutenant réunit les chefs de sections. Nous sommes informés de la situation. Le groupe de reconnaissance a découvert les servants de la batterie de 105mm égorgés, les culasses des canons détruites à l’explosif… Ils ont constatés des combats plusieurs kilomètres en arrière du front initial.
 
Il n’y a plus de troupe Française sur nos arrières et nous risquons bien d’être encerclés par l’ouest.

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21 décembre 2016

11 et 12 mai 1940

GSM1

Le 11 mai nous essuyons des tirs isolés. Nous répondons à chaque fois. Mais nous entendons le bruit de la guerre vers le sud et l’est. D’âpres combats se déroulent, comme en témoignent les épaisses volutes de fumées et ce bruit de fond qui approche.
 
Nous recevons des munitions dont on nous dit qu’elles seront les dernières.
 
La nuit du 11 est comme celle du 10, vécue dans la fébrilité. Le lieutenant organise des groupes d’explorations de nuit, afin de déceler les éventuels mouvements ennemis.
 
Le matin du 12, nous n’avons guère le temps de réfléchir. Des combats violents s’engagent à quelques kilomètres de notre aile sud. Nous voyons l’aviation ennemie piquer vers les positions des unités concernées. Nous essuyons alors un violent tir d’artillerie.
 
Comme le 10, nous subissons des pertes. Le spectacle est horrible, mais ne nous terrifie plus.
 
Nous sommes endurcis par toute cette horreur.
 
Quand le pilonnage cesse, nous sommes tous à nos postes, prêt au combat.
 
Les uniformes vert de gris arrivent en courant vers nous. Plusieurs vagues montent à l’assaut de nos positions.
 
Je donne les mêmes ordres qu’avant-hier. Tout le monde est prêt.
Je regarde ces hommes qui viennent vers nous, avec des équipements légers, en bras de chemise, chaussés de bottes, avec des mitraillettes et des grenades.
 
Je pense à ce moment que nous sommes vraiment en retard d’une guerre, avec nos capotes et nos bandes molletières, avec nos équipements très lourds et nos armes d’un autre âge…
 
Ils avancent rapidement vers nous en tirant des rafales. Pour éviter les balles, mes hommes sont baissés, certains, pour toujours.
C’est au moment où je commence à apercevoir leurs boutons et leurs boucles de ceinturon, que je donne l’ordre de feu.
 
Je recommence comme avant-hier, avec Lucien, cette fois, pour approvisionner les bandes.
J’ai l’impression de faire la moisson. A travers le fracas des armes, j’entends des cris près de moi. Je sais que certains de mes hommes sont blessés. Je sais que d’autres doivent être morts.
 
Je n’ai pas le temps de regarder. J’encourage seulement de la voix.
La troisième vague arrive et dépasse la deuxième, malgré l’intensité de notre riposte.
C’est à la grenade que nous terminons le travail encore une fois. La troisième vague se replie ainsi que les rescapés des deux vagues d’assaut précédentes, pendant que je fais cesser le feu.
 
Nous avons des pertes. Je fais le compte et le fais porter au lieutenant. Les infirmiers sont débordés.

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08 décembre 2016

10 mai 1940

GSM1

Une estafette vient nous réveiller et nous dit d'aller à nos postes.
 
Je saute hors de ma couverture.
Voila mes camarades en train d'enrouler leurs bandes molletières, alors que moi je n'ai que ma capote à enfiler. Je crie à mes hommes de se dépêcher.
Je cours vers le poste de mitrailleuse en pestant contre les servants qui se permettent de ne pas être là.
J'engage une bande et arme la culasse. Mais bon sang, qu'est-ce qu'ils foutent ?
Je pourrais tirer, mais sans personne pour guider la bande, je risque l'enrayement.
Putain de matériel démodé ! Putain de bandes molletières !
 
Je vois le lieutenant faire signe en direction de l’Est. C’est le petit jour.
Je scrute et j’aperçois des mouvements. J’ouvre l’étui, j’extirpe les jumelles… Pleines de buée…
Quel est le con qui les a laissées là cette nuit ? J’essuie comme je peux les optiques.
Appuyé sur les sacs de sable, je règle la focale. Stupeur ! Des boches, plein de boches, qui progressent par bonds successifs…
« Qu’est-ce qui se passe ? », me demande Émile, le soldat qui vient d’arriver. « Prépare des bandes et mets toi là ! ». « J’suis le tireur pas l’approvisionneur ! ». « M’en fous ! Fais c’que j’te dis ! D’abord tu tires comme une patate ! ». J’entends les gars arriver….
 
«Sortez des grenades d’avance ! Armez vos flingues et prêts à faire feu ! ». J’entends le cliquetis des lebels…
 
Déjà des coups de feu partent de notre camp, loin sur notre droite. Quel est le con qui les a laissé tirer. Maintenant les boches savent qu’on les attend. Bande d’abrutis !
 
 
Je vois au loin, plein de types en uniforme foncé, se relever et courir vers nous.
Ça y est ils attaquent ! Je lache les jumelles. Ils sont tout petits encore, mais ils arrivent !
 
Je me tourne vers mes hommes. « Ne tirez pas. Attendez que je vous donne l’ordre ! Mettez en joue ! Vous ne tirerez qu’à coup sûr. Chaque balle doit porter !
 
Je me mets à la mitrailleuse et Mimile tient la bande. Nos gorges se serrent.
Des petits éclairs sortent des armes adverses. Le ricochet des balles nous fait rentrer la tête dans les épaules. Un cri de douleur jaillit ! Déjà un homme est touché.
« Ne tirez pas. Ajustez-les ! »
 
La première vague est maintenant proche. Il faut que je donne l’ordre. Ma gorge se serre. Jamais je n’aurais cru un jour devoir tirer et faire tirer sur des hommes…
 
« Feu ! »
 
Un déluge de feu part de notre position, tandis que j’ajuste un type à gauche et j’ouvre le feu, en tournant le tir vers la droite. J’arrête. J’abaisse la visée et je recommence, par petites rafales. Je repositionne sur la gauche. Putain, ils sont encore plus près ! Je recommence de la gauche vers la droite, encore une fois.
 
Il y en a plein qui approchent en courant vers nous.
 
Je crie « Grenades ! ».
 
Moi et mon servant nous nous baissons.
Des détonations multiples nous vrillent les tympans.
 
Je relève la tête. Des fuyards Boches essaient de s’échapper ! « Les laissez pas s'barrer ! Feu ! Feu ! Feu ! »
 
Le terrain qui s’étend entre nous et le bois, est jonché de corps.
On entend des gémissements « chez eux », mais aussi « chez nous ».
 
Bon sang qu’est-ce qu’on a comme pertes !
 
Mes copains, mes camarades, mes amis, mes hommes, les hommes des autres unités…
 
Mon serveur ! « Mimile ! ». Il saigne comme une vache ! Putain ! Il a un trou dans la joue et peut-être aussi dans le cou… Il me fait signe en essayant de parler… Il n’a plus de langue, arrachée par une balle…
 
« Oh putain Mimile, Mimile.... mon Mimile ! »
 
Le lieutenant nous fait dire que nous allons recevoir des renforts de la deuxième ligne.
 
Pendant ce temps je compte mes pertes. J'ai 8 hommes hors de combat, dont trois morts. Le sang est partout et nous impressionne tous. Je donne de l'eau à Mimile qui me fait signe qu'il a soif. Sa mâchoire brisée, ses joues transpercées, donnent un spectacle horrible. Son sang se répand en un filet ininterrompu. Les infirmiers sont bien trop occupés pour venir ici.
C'était ça la guerre...
On nous avait annoncé une victoire rapide sur des Allemands que le traité de Versailles avait laissés désarmés.
Ce n'est pas l'impression que j'ai de nos adversaires...
 
Je renforce mes hommes avec le renfort de huit hommes venus de la deuxième ligne.
Je leur fais approfondir notre retranchement afin d'être mieux protégés.
Ils mettent beaucoup de cœur à l'ouvrage, car ils savent que leur vie en dépend.
 
Deux infirmiers arrivent enfin pour soigner nos cinq blessés.
D'autres s'aventurent hors de nos lignes et prodiguent des soins aux allemands qui gémissent à quelques dizaines de mètres de notre position.
 
Le sang, les hurlements, les gémissements, nous impressionnent tous autant que nous sommes.
 
Je reviens voir mon copain Émile.
 
Il ne bouge pas, sa tête est penchée sur son buste.
Je m'approche en tremblant... Il ne respire plus... Il est mort vidé de son sang, comme un cochon qu'on saigne...
 
Mon Mimile, mon ami. Tu ne tirais pas très bien à la mitrailleuse, mais tu me manques...
 
Je tourne le dos à mes hommes en me relevant, pour cacher mon émotion...
 
Un sifflement caractéristique... "Tous à couvert !". Une explosion sur nos arrières.
Bientôt suivie de beaucoup d'autres de plus en plus précises. L'artillerie Allemande nous pilonne. Nous rentrons nos têtes dans nos épaules et nous faisons tout petits dans notre tranchée. Des hommes tremblent de tous leurs membres. Chaque explosion plus proche fait sursauter et monter la peur d'un cran supplémentaire. Je baigne dans ma transpiration qui me glace jusqu'aux os.
 
Des hommes hurlent de terreur. Certains appellent leur mère...
Chaque explosion réduit notre espérance de vie et a raison des caractères les mieux trempés.
Un déluge de feu, d'éclats, de pierres, de chair humaine s'abat sur nous.
 
Je reçois sur la main... on dirait de la cervelle d'agneau... Je suis horrifié... Je m'essuie frénétiquement la main sur ma capote en criant...
 
Je m'applique à me dire "reste en vie, pour tes hommes, reste en vie pour tes hommes"...
Je me calme un peu, en me persuadant que si les obus ne m'avaient pas encore touchés, il y avait des chances de rester en vie...
 
Pourquoi avons-nous été envoyés en avant poste à l'est de la Meuse ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?

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05 décembre 2016

1940 - Une défaite programmée

GSM1

Prologue
 
 
C'est l'histoire d'un homme dans la tourmente de la débâcle Française de 1940.
 
Cet homme aujourd'hui disparu, m'a raconté cette épopée hors du commun.
Il a occulté pendant plus de cinquante ans cette expérience douloureuse.
 
Un jour sa mémoire lui revint et il me confia pendant 12 heures d'affilées, l'aventure extraordinaire qu'il vécut à partir du 10 mai 1940. Je n'avais pas de magnétophone.
Je lui ai demandé à plusieurs reprises, par la suite, d'enregistrer ce récit. Il refusa toujours, parce que ce souvenir douloureux, il s'en était déchargé en me le racontant, il ne voulait dès lors plus y revenir.
 
J'ai oublié les noms, les lieux exacts.
Je me sens le devoir de raconter par écrit cette histoire authentique qui m'a été confiée en tant que dépositaire de ce témoignage poignant.
Petite histoire, qui fait partie de la Grande histoire : l'Histoire de France.
 
On retient généralement la défaite cinglante de nos forces armées, mais connaît-on la bravoure des hommes qui ont donné leur vie pour défendre notre Patrie ? Non !
 
Je vais donc essayer de vous raconter les faits, tous véridiques. Vous voudrez bien excuser toutes les imprécisions temporelles, géographiques, nominatives, ni même le fait que je n'utilise pas les expressions qui lui étaient propres, l'acteur de ces évènements, mon père,  n'étant plus de ce monde...
Il m'a fait ce récit en 1994 (cinquante quatre ans après les faits)...
 

................... 

09 mai 1940
 
Après être passés par Montcornet et Monthermé, nous avons fait mouvement vers la frontière.
Nous étions depuis quelques jours dans les Ardennes.
Nous avons peu progressé car nos ordres nous limitent à faire ce que nous faisons et pas plus.
 
Nous ne savons pas que nous ne sommes pas concernés par la vraie offensive Franco-anglaise qui se déroulera plus au nord ni que notre état-major ne nous fait avancer que pour assurer une continuité du front.
 
C’est pour cela que notre dotation de guerre est réduite à sa plus simple expression.
Nous avons peu de munitions en réserve. Une seule batterie d’artillerie assure notre couverture à plusieurs kilomètres derrière nous.
Nous venons cependant de percevoir, des petits canons antichars d’un modèle tout nouveau.
Le problème est qu’on a oublié de nous envoyer des instructeurs pour nous apprendre à nous en servir. De plus, on a également oublié de nous fournir les obus qui iraient sûrement bien avec ces canons.
 
Nous pestons contre la mauvaise organisation de notre armée, mais en nous disant que si nous étions « la cinquième roue du carrosse », nos collègues du front nord étaient certainement beaucoup mieux dotés et que c’était cela l’essentiel.
 
Ce que nous ne comprenons pas, c’est que bien que nous « attaquions » l’ennemi, il y ait si peu d’officiers, présents dans le régiment. Nombre d’entre eux sont en permission, pendant que nous, régiment de 2500 hommes sommes commandés par un lieutenant.
 
Enfin, puisque ce n’est pas ici que l’histoire s’écrit, c’est moins grave, mais quand même, autant d’officiers en « perm », c’est vraiment déconcertant.
 
J’ai fait mon service de 1938 à 1939 dans la 36ème compagnie du 8ème RI.
A peine démobilisable, voilà que commence cette « drôle de guerre », où personne ne se bat.
Il a fallu que les Boches attaquent et neutralisent en un temps record la Belgique et la Hollande pour que les alliés envahissent la Belgique sur la demande expresse du gouvernement Belge, qui jusque là nous avait refusé l’accès de son territoire.
 
Donc me voici enrégimenté dans le 8ème Régiment d’Infanterie Mécanisée (héritier du 8ème Régiment d’Infanterie de Ligne qui s’est couvert de gloire sous Napoléon... Quelle compagnie ? Quelle section ?...(Mécanisé : Cela veut dire que les autobus Parisiens réquisitionnés nous ont fait l’honneur de nous transporter jusqu’à la frontière Française)… La pénétration en Belgique, nous l’avons faite de nuit et à pieds…
 
Je suis Caporal-Chef et je commande une section et accessoirement, je suis tireur d’élite à la mitrailleuse Hotchkiss
 
Nous sommes dans des positions en hauteur à moitié en tranchée et à moitié derrière un merlon. Nous dominons le paysage devant nous.
Les collines Ardennaises sont très boisées et pourraient offrir une bonne cachette à un adversaire improbable.

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11 novembre 2016

L'odeur de la mort

GSM1

Le silence règne en maitre absolu. Les oiseaux apeurés ont fui les combats. Le ciel est bleu azur comme un ciel de vacances.
Que faut-il faire ? Que peut-on faire ? Les enterrer, mais ils sont si nombreux ? Non. Nous, on doit poursuivre notre progression. Cela ne nous regarde pas et cela nous arrange. Et pourtant…
La brise légère apporte les relents putrides des corps en décomposition. Nous avons arraché nos chemises ou extirpé des mouchoirs que nous pressons sur nos nez. La pestilence est telle que nous vomissons.
Le spectacle, lui, nous le connaissons. Les corps sont gonflés, mutilés. Le sang est noir. Viscères, os à nus, cervelles, membres arrachés, chacun de nous connait cela.
Mais l’odeur, cette odeur qui vous colle à la peau, cette odeur que l’on fuit, cette odeur qui nous fera brûler nos treillis et nous laver frénétiquement dès que nous le pourrons, nous ne parviendrons jamais à nous en défaire. Elle nous poursuivra dans nos cauchemars et nous nous réveillerons en sueur pendant longtemps encore.
Les chiens sauvages reculent au loin en nous voyant. Ils viendront continuer leur macabre repas dès que nous aurons traversé, dès que nous leur tournerons le dos.
Nous pressons le pas. Certains courent, le bras sur le nez, pour être plus vite loin, très loin de cette odeur qui nous rend fous.

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06 septembre 2016

2ème Epilogue de Mission secrète, services spéciaux - J'en ai pris pour mon grade

GSM1

Octobre 2008 : Quelques jours après mes commentaires sur Uzbin... Il paraît qu'ils ont déplu chez les huiles, surtout quand elles sont fraichement nommées...
 
J’en ai pris pour mon grade, ce jour là, rue Saint Dominique...
 
Ce Mangou, ou Mangouste, je ne sais au juste, avec sa tranche de cake, m’a remonté les bretelles…
 
Surpris par son ton tranchant, je lui fis alors savoir que je ne le connaissais pas et n’avais donc pas à entendre semblables propos de sa part. Je connaissais certes, Brochand, avant son remplacement, mais surtout, je m’attendais à être reçu par un résident de ces lieux, pas par la cinquième colonne, à laquelle je n’avais pas de compte à rendre…
 
Je reçu alors de la part de mon interlocuteur, sur un ton subitement plus calme, l’affirmation qu’il parlait au nom de la défense, dont personne ne pouvait être disponible, occupés qu’ils étaient par des tâches autrement importantes.
 
Je me défendis donc de n’avoir aucunement révélé ni la tactique, ni les objectifs, ni les résultats des missions auxquelles j’avais participé.
Quand aux mises en garde sur mes excès de verbe concernant l’exécutif, je l’avertis en retour, de ma volonté de garder ma pleine liberté de citoyen, puisqu’aucun contrat n’entravait ma liberté d’expression et de plus, que la moindre censure pratiquée à mon encontre, leur vaudrait une publicité auprès des rares journaux encore libres…
 
Nous primes congés assez sèchement, il faut bien le reconnaître…
 
Ouf !..Dur, Dur !..

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30 août 2016

16ème jour, les adieux

GSM1

0h30 locale.
 
Adieu, les hommes !
 
Les adieux furent émouvants (au moins pour moi)…
Il faut se retenir... Ca me fait chier de partir…
 
Je suis à coté du chauffeur de la P4 des F.S.
Avec ses deux mitrailleuses elle est un vrai blindé…
 
Nous roulons à tombeau ouvert…
Les deux servants sont aux aguets derrière leurs lunettes de protection, malgré les violents cahots de cette piste infinie…
 
Encore une vingtaine de kilomètres et je serai à Charikar…
Charikar, où le chemin de ces trois commandos des F.S et le mien se séparera…
 

Charikar, où j’attendrai l’avion ravitailleur pour repartir voir ma petite chérie qui me manque, mes enfants qui me manquent…

 

A moins qu’une place soit prévue sur une ligne régulière…

 
Que puis-je leur dire ? Pour qu’ils aillent en parler dans la cour de récré ?
 
« Papa était en vacances !». Non, ridicule et égoïste…
 
J'ai trouvé : « Ma boîte m’a envoyé faire un audit sur un chantier à l’étranger !». Où ?
« En Pologne »… Non ! Je suis trop bronzé… « Au Caire ! », voila c’est ça, au Caire…
 
Et ma petite Chérinette, amour de ma vie, lui ai-je manqué ? En tout cas je m’imagine déjà dans ses bras… Nous nous dirons des mots d’amour. Nous ferons l’amour…
 
Le temps est long sur cette route malaisée…
14h50 heure locale
 
Beaucoup dormi. L’avion n’attend pas.
Quel magnifique pays
C’est vraiment dommage…

 

Epilogue - mardi 19 août 2008
 
Et bien non, je ne retournerai pas en Afghanistan !
Rue Saint Dominique, l'ambiance était feutrée et moi j'étais fatigué... Sujet : L’embuscade de la veille à l’est de Kaboul…
Explications compliquées et alambiquées, mais dont je ressors l'essentiel que j'ai mis beaucoup de temps à comprendre :
Le ministère de la défense n'a pas voulu appliquer les consignes de survie que j'avais enseignées en avril. L'état-major, a obéi comme un petit toutou.
Vous avez voulu monter une patrouille en coopération avec les F.S. Américaines et Afghanes ??? On voit le résultat !!!
L'embuscade n'est pas le fruit du hasard !!!
Vous êtes espionnés, observés, écoutés. "Ils" savent avant vous quand les gars vont partir !!! Je vous l'ai dit et ça ne vous a pas plu.
Arrêtez de vous comporter comme les ricains. Je sais que c'est voulu par Sarko ! Coopérer avec des gens qui fument et rigolent en pleine mission, alors que 200 paires d'yeux et d'oreilles sont planqués tout autour...
 
Laissez à l'officier commandant la patrouille la décision de quand et comment il démarre sa patrouille. Et laissez appliquer les consignes de prudence (que je n'énumèrerai pas ici pour raison de secret militaire, mais qui sont marquées au coin du bon sens et par l'expérience de leur efficacité), laissées à la fine fleur de vos sous off et off subalternes des F.S.
"La seule mission importante est de revenir vivant", ai-je dit à cette bande d'emplumés, bons à rien, qu'à obéir à des ordres idiots au nom de l'admiration de Sarko pour l'Amérique.
A l'hôtel de Brienne, ils se passeront de mes conseils à l'avenir. Et je crois que Morin m'a définitivement marqué à l'encre rouge.
C'est vrai aussi, pourquoi ne sais-je pas tenir ma langue comme les autres ?...
Précisément parce qu'on a perdu 10 hommes pour rien !
Je crois que je vais le payer cher. Il faut bien qu'ils vengent leur humiliation sur quelqu'un...

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27 août 2016

14ème et 15ème jours

GSM1

Fort heureusement, nos hommes accompagnés de l’inconnu qui est l’objet de la mission reviennent vers nous sans encombre…
 
Nous repartons alors par le chemin  qui nous a amenés.
Cette fois, nous allons plus vite…
Nous rejoignons la cache et revêtons les treillis Américains. Nous ne somme spas fâchés de reprendre notre armement. Nous enterrons les armes russes.
 
Nous repartons en Afghanistan, avec moins de précaution, puisque l’objectif est atteint et que, non repérés, nous avons peu de chance de tomber dans une embuscade…
 
14ème jour 14h14 (18 avril 2008)
 
Tu deviens célèbre, mon ami… Mais tu n’en sauras jamais rien.
Uniforme Russe, beaucoup de rapiéçages, (pauvreté oblige !)
Mais une fierté et une liberté qui devraient nous faire réfléchir et dont nous devrions bien nous inspirer… Beaucoup de réflexions derrière des jumelles...
 
14ème jour 19h05 (18 avril 2008)
 
Zut ! Nez à nez avec des autochtones ?
Non, pas tout à fait ! Disons : Nez à nez par téléobjectif !
Nous allons être obligés d’escalader ces collines par précaution, avec le risque bien sûr d’être repérés par le ciel. Moment périlleux pour notre mission furtive…
 
Nous attendrons la nuit pour franchir ce « piège »…
 
15ème jour 15h30 locales (19 avril 2008)
Le silence satellitaire et radio est levé.
Nous sommes à Gerdi, ville frontière. Nous avons été accueillis et pris en charge par les services Français.
Notre mission est terminée.
 
Après un bon bain, nous avons troqué les treillis US contre nos tenues Françaises.
Cela fait du bien d’être débarrassé de cette crasse, dans des vêtements propres…
 
Aujourd’hui la température est clémente, parce que la couverture nuageuse est importante.
Je vais être transféré à Charikar demain, pour être rapatrié.
Ce sont les dernières heures passées avec ces hommes d’exception.
 
Eux seuls peuvent avoir une action positive sur ce théâtre d’opération. Encore faut-il que les politiques leur donnent des missions d’importance stratégique.
 
Quand aux soldats Français non entrainés, ils sont de bien facile cibles…
J’espère qu’ils ne seront pas exposés, car eux, ne savent pas passer inaperçus…
 
Ils avaient appris à tuer. Je leur ai appris à ne pas se faire tuer. Je n’ai plus rien à leur apprendre. Ils vont maintenant l’enseigner à leur tour.
L’ambiance est animée, on ne fait plus attention à moi. Mais j’observe et je pense que bientôt je vais les quitter.
 
Ils m’oublieront, mais à moi, ils manqueront…
C’est le privilège de la jeunesse, que de ne pas se retourner sur son passé.
 
Puisse Dieu les prendre sous sa sainte garde. N’en déplaise à Sarko…
 
Un jour, je raconterai cette mission. Mais pas pour l’instant… Je ne peux m’exprimer à ce sujet.
 
15ème jour 22h50 locale (19 avril 2008)
 
Nous allons rouler de nuit.
Ils savent que l'on "n'ose" pas le faire. C'est pour ce-la que l'on va le faire !
Et à toute berzingue, encore ! J'éteins, je range et j'y vais...

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